Dossier "Délocalisations"
(2) Du secteur industriel à celui de la recherche et développement. Les décennies 1980 et 1990 voient un accroissement important des délocalisations. A la suite du secteur du textile, c'est maintenant celui de la maroquinerie et des chaussures qui est touché, celui des biens d'équipement ménagers (l'électroménager mais aussi la vaisselle et les couverts, sans oublier nombres d'éléments décoratifs de la maison), celui des jouets et des articles de sport. En 1987 dans son usine de tubes et canons pour téléviseurs Vidéocolor, à Lyon, Thomson supprime 400 emplois sur 800. Les tubes seront fabriqués en Italie pendant deux ans, avant que la production ne soit transférée au Brésil. Dans la foulée, Thomson délocalise aussi sa production de radio réveils, de téléviseurs, de chaînes hi-fi, et ferme plusieurs de ses usines avec des centaines de licenciements à la clé (Saint Pierre Montlimart, Moulins, Lons le Saulnier). Dans ce secteur les délocalisations continuent dans les années 1990 et encore de nos jours, c'est ainsi que depuis 1993, les effectifs de la filière électronique française sont passés de 500 000 à 220 000 postes [2]. Les décennies 80 et 90 voient apparaître les premières délocalisations importantes dans le secteur des services anglo-saxons. Des centres d'appels téléphoniques vont s'installer en Irlande, puis en Asie. C'est aussi le début de la conception de logiciels en Inde. En 1993, l'entreprise Motorola inaugure le premier centre de recherche et développement installé en Chine par des entreprises étrangères. Microsoft fait de même en 1998. Avec les années 2000 les délocalisations continuent de plus belle et s'amplifient dans le secteur des services. Ce sont nos propres centres d'appels qui sont concernés, et certains vont s'installer en Afrique francophone pour 40 % moins cher. On assiste aussi à une forte croissance des délocalisations dans le domaine de la sous-traitance de services aux entreprises : la comptabilité, les facturations, les feuilles de paye, les commandes. En 2004, d'après une étude de la Cnuced, ce sont 39 % des grands groupes européens qui ont déjà délocalisé une partie de leurs activités de services, et 44 % qui ont l'intention de le faire dans les années à venir. L'exemple de Reuters, qui délocalise en Inde des activités d'analyse d'informations financières, montre que le secteur des services financiers, jusque là relativement épargné, devient lui même de plus en plus touché. Dans une étude publiée en avril 2004, la maison d'analyse DeLoitte Research estime que ce secteur transférera, au cours des cinq prochaines années, deux millions d'emplois vers les pays côtiers de l'océan Indien, dont la Malaisie, Singapour, l'Inde et la Chine. Ce transfert se traduirait, en 2008, par des économies de 1,4 milliard de dollars pour les 100 principales entreprises de services financiers du monde. Les délocalisations continuent dans le secteur industriel, et on assiste maintenant à la délocalisation d'une partie de la métallurgie et de la plasturgie européenne vers les PECO (Pays d'Europe Centrale et Orientale). La libération des quotas chinois sur les exportations de textile, début 2005, a entraîné une explosion immédiate des importations européennes. Au cours du premier trimestre 2005, les importations de tee-shirts ont augmenté de 167 %, celles de pantalons pour hommes de 413 %, et celles de pull-overs de 534 % [3] . En France, pour l'année 2005, un responsable du MEDEF estime entre 15 000 et 20 000 le nombre de pertes d'emplois consécutives à cette déferlante. Les menaces se précisent sur le secteur de l'automobile, où la Chine est maintenant devenue exportatrice [4]. Le constructeur d'automobiles Chery a annoncé qu'il compte vendre des véhicules chinois à prix cassés sur les marchés américains et européen à partir de 2007. Il projette d'implanter des usines de pièces détachés en Russie, Roumanie et Pologne [5]. Les délocalisations dans le secteur de l'électronique se concentrent maintenant sur la Chine, laquelle devient premier producteur d'ordinateurs portables à la place de Taiwan. Il n'y a rien d'étonnant quand on sait que 45 000 ingénieurs en informatique sortent chaque année des universités chinoises, et qu'ils travaillent pour des salaires représentant le quart de ceux de leurs homologues à Taiwan. Dans la région du "Delta des Perles" se sont installées des entreprises réalisant désormais un tiers de la production mondiale de lecteurs de CD, 60 % des têtes laser pour DVD et 70 % des photocopieurs. La société Galanz y fabrique dans ses usines 50 % des fours à micro-ondes vendus dans le monde. Dans le secteur du logiciel, l'Inde commence à jouer un rôle de premier plan et les délocalisations y vont bon train. Il faut dire que, tout comme la Chine, ce pays s'en est donné les moyens puisqu'il y a maintenant plus d'ingénieurs en informatique à Bangalore (sud de l'Inde) que dans la Silicon Valley Californienne. Les années 2000 voient aussi la montée des délocalisations dans le secteur de la recherche et du développement. En 2005, Airbus ouvre un centre d'ingénierie en Chine pour travailler sur des avions de nouvelle génération, et STMicro ouvre à Rabat un centre de conception de microprocesseurs et installe en Asie ses nouvelles usines. Le rapport annuel de 2005 de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement) montre l'importance des délocalisations des entreprises transnationales dans la recherche et le développement. A la fin de 2004, la Chine comptait sur son territoire quelques 700 centres de recherche et développement d'origine transnationale, et plus de 100 sociétés transnationales avaient installé des unités de recherche et développement en Inde. En 2005, Microsoft a ouvert son sixième centre de recherche à Bangalore (Inde). 6 des 19 centres de recherches de Motorola sont maintenant installés dans des pays en développement (Chine, Inde, Corée, Malaisie, Singapour, Brésil). Les transnationales pharmaceutiques installent leurs centres de recherches et développement plus particulièrement en Inde (Pfizer Astra-Zeneca, Sanofi-Aventis, Novartis, etc.). Durant la dernière décennie, plus de 100 transnationales ont installé des laboratoires de recherche et développement à Singapour, dont Rolls-Royce, Motorola, Philips, General-Electric, Hewlett-Packard, Matsushita, Sony , 3M, et Daimler-Chrysler. Sur 1773 projets d'investissements de recherche et développement à l'étranger qui ont été lancés de 2002 à 2004, 1095 ont été entrepris dans des pays en développement, dont près de la moitié (861) dans la zone Asie-Océanie. Au vu de ce rapide historique, on peut constater que les délocalisations qui ont démarré dans les secteurs industriels à faible technologie (c'est à dire utilisant beaucoup de main d'oeuvre pour un investissement relativement faible), se sont poursuivies dans des secteurs industriels mettant en oeuvre plus de moyens technologiques (ex : électronique grand public). Le phénomène s'est ensuite transmis au secteur des services, puis finalement au secteur le plus en pointe, celui de la recherche et du développement. Quel que soit le secteur, les prévisions vont toutes dans le sens de l'extension des délocalisations. On citera une étude du cabinet Katalyse, présentée dans un rapport d'information au Sénat de M. Jean Arthuis [6], qui prévoit, en France et pour la période 2006-2010, la délocalisation de 202.000 emplois dans le seul secteur des services. Le rapport annuel 2005 de la CNUCED, estime qu' il " existe des raisons fondamentales pour que l'internationalisation de la recherche et développement vers les pays en développement se poursuive". Si, dès aujourd'hui, plus de la moitié des entreprises multinationales ont délocalisé une partie de leur R & D en Chine, en Inde ou à Singapour, cette proportion devrait encore augmenter. Selon une enquête menée par la CNUCED auprès des grands groupes transnationaux, la Chine devrait même devenir, d'ici à 2009, le premier lieu d'implantation de leurs activités de recherche.
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(1) La mondialisation de la production (2) Du secteur industriel à celui de la recherche et développement (3) Les différentes formes de délocalisations (4) Les arguments "pro-délocalisations" |
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